SCUBA - PHOTOGRAPHY

SCUBA - PHOTOGRAPHY

l'actualité sous-marine en image

Contact sous pression… le gratteur fou

Les brèves bios de Pascal Zani sont toujours autant attendues, et celle-ci est (bio) Top !!  C’est une histoire de ventouse...inspiré par un de ses stagiaires, Maxime Bonneau.  Encore une fois on y apprend plein de choses !!

Mais ne trouvez vous pas qu’il nous parle souvent de tentacules en ce moment ??  De monstres marins et autres énigmes abyssales ??  Que nous prépare-t-il ???

Très régulièrement, lors des baptêmes et des plongées d'exploration, mes escapades subaquatiques m'entrainent, et les membres de ma palanquée avec moi, à rencontrer des poulpes. Flanqués de 8 bras et d'environ 200 ventouses par bras, ces animaux, tout à la fois timides et curieux, sont rarement indifférents aux techniques de grattage à l'entrée de leur cache.

Patiemment et sans geste brusque, conscient de l'état émotif de l'animal qui s'exprime en temps réel grâce à des couches de cellules spécialisées dont les chromatophores je grattouille en espérant attiser la curiosité du poulpe.

 

Parfois un puissant jet d'eau émis par son siphon me laisse penser que l'animal n'a pas envie d'établir le contact ou qu'il s'agit d'une femelle qui aère sa ponte et qu'il convient de s'éloigner pour lui « foutre royalement la paix »

Parfois une danse hésitante et colorée montre aussi un stress engendré par cette intrusion du plongeur.

 

Mais souvent, bonheur suprême, le poulpe étend vers nous un bras explorateur et alors le contact s'engage fait de pressions et de tractions. J'ai voulu dans cette brève bio témoigner des mécanismes subtils et performants qui entre en action lors de ce contact.

 

On connait bien la forme des ventouses d'un poulpe qui rappelle assez au caoutchouc des ventouses des tirs aux pigeons de notre enfance ou encore des ventouses domestiques bien utiles pour suspendre torchons et ustensiles de cuisine. Les ventouses du poulpe sont bien plus complexes que cela ! Elles sont certes capables d'adhérer à un objet quelconque et accomplir une action de prédation mais également manœuvrer l'objet ou la proie grâce à des groupes de muscles spécialisés.

Chaque ventouse comporte deux chambres: l'infundibulum externe et l'acetabulum interne. Lorsque le poulpe localise une bucarde dans ou sur le sable, la ou les ventouses vont se coller à la proie.

C'est grâce aux muscles de l'infundibulum que la ventouse va épouser la forme de la coquille du bivalve, ensuite, les muscles de l'acetabulum se contractent et créent à l'intérieur de l'espace de la ventouse une dépression et un phénomène de succion. Lorsque des poulpes de belle taille nous effleurent, il est parfois difficile de leur faire lâcher prise ! Dans le même temps, des muscles qui entourent la ventouse vont permettre de faire tourner la proie sans que la succion s'arrête!

 

Des neurones parcourent la ventouse et sont spécialisés dans la détection des substances chimiques, tandis que d'autres sont affectés aux actions de prédation (succion et translation).

Les chémorécepteurs sont reliés à un ganglion spécifique à chaque ventouse. Chaque ganglion et relié aux autres par une chaine de ganglions plus importants. Les ventouses d'un bras peuvent coordonner leurs mouvements en l'absence d'ordre du cerveau central!

 

Le poulpe ne peut pas contrôler l'agilité et la préhension de ses ventouses et traiter toutes les informations perçues au niveau de son cerveau, il s'agit donc pour partie d'actes réflexes. Par contre

j''aime croire que même si le poulpe ne peut créer une image mentale de ce qu'il touche, notre peau à une signature chimique et la reconnaissance visuelle aidant, le poulpe sait …

Pour conclure, je dis merci aux poulpes qui entrent en contact avec nous autres plongeurs, moment à la fois fort en émotion et bref mais qui, l'espace d'un fugace instant, nous donne l'impression d'être accepté dans cet autre monde!

 

Texte : Pascal Zani

Photos : Maxime Bonneau

Blog Stats

  • Total posts(469)
  • Total comments(394)

Forgot your password?