SCUBA - PHOTOGRAPHY

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Du tigre... en Méditerranée !!!

C'est au travers d'une énième discussion avec Nicolas ZIANI, biologiste marin, membre du Corsica-msrg , ainsi que du Groupe de Recherche sur les Requins de Méditerranée (Mediterranean Shark Research Group), que ce dernier me rapportait les informations ci-après, à savoir que le requin tigre, tout comme le grand requin blanc, a bien été observé dans la Grande Bleue.

 

Avec sa taille, sa carrure et sa présence imposante, le requin tigre (Galeocerdo cuvier, Peron & Le Sueur, 1822) est un des hôtes solitaire caractéristique et singulier par sa morphologie des eaux continentales et pélagiques tropicales du Monde : Atlantique tropical, Indo-Pacifique.

Ce requin pourrait mesurer jusqu’à 9,10 m mais le plus grand spécimen dont la capture documentée est une femelle gigantesque de 7,40 m pour 3110 kg, pêchée en Chine en 1957.

 

Son museau robuste et court, son corps massif, sa large gueule armée de dents caractéristiques en forme de crêtes de coq finement crénelées et tranchantes, sa couleur dorsale singulière gris brune tigrée et ponctuée de tâches qui lui a valu son nom issue du félin mythique, le tigre reste ce grand requin carnassier atypique reconnaissable au premier coup d’œil et de palme.

 

Son régime alimentaire est aussi tellement opportuniste, qu’il en devient rapidement un véritable « inventaire à la Prévert », au menu : gros poissons osseux en tout genre, petits requins à ceux de taille modeste, raies, cétacés, pinnipèdes, reptiles marins, dont des serpents marins et les tortues marines qu’il affectionne particulièrement, céphalopodes, gastéropodes, crustacés, oiseaux marins, tuniciers, méduses, et grand charognard entre autre sur les carcasses de baleines et cétacés morts sur lesquels ils peuvent faire ripailles pour l’occasion en groupe de plusieurs individus.

 

Abusivement appelé « poubelle des mers » dans les croyances populistes, certains spécimens ayant été capturés avec des boîtes de conserves ou des plaques d’immatriculation dans leur estomac que les animaux ont du accidentellement avalés, le tigre reste une espèce qui affectionne ses proies naturelles et ne se nourrit pas de n’importe quoi.

Même si ses eaux de prédilection sont celles des Tropiques, l’espèce évolue aussi occasionnellement en eaux tempérées, plutôt fréquemment sur la côte Nord Est des Etats Unis, beaucoup plus rarement signalée dans le Nord Est Atlantique et également dans la Grande Bleue !

 

Quatre observations pour l’espèce sont enregistrées et documentées en Méditerranée. En 1981, un mâle mature de 2 m capturé à Algeciras en Espagne (conservé à la Faculté de Biologie de l’Université Complutense de Madrid), en 1987, un autre spécimen non sexé de 3 m capturé en Mer d’Alboran entre le Maroc et l’Algérie, près de l’embouchure du Moulouya – en effet les tigres maraudent souvent en zone d’estuaires turbides ou à proximité des zones portuaires productives plus abondantes en proies -  un autre individu non sexé mesurant 4 m en juin 1991 à Manilva en Espagne (sa mâchoire est conservée au Musée Sala del Mare de Malaga), la dernière capture en Méditerranée pour cette espèce est une femelle de 3 m capturée en juillet 1998 à Maregrosso en Sicile.

 

D’autres indices indiquent la présence de cette espèce, quelques dents retrouvées sur le rivage ou en eaux côtières, l’une sur une plage italienne à San Benedetto del Tronto en septembre 2002, plus proche de chez nous mais plus loin du rivage une autre aurait été retrouvé par un plongeur à Sète dans l’Hérault dans quelques mètres d’eau en 1987 !

Le témoignage de Luc Vanrell, plongeur expérimenté qui plongeait sur le Planier près de Marseille est aussi étonnant, malgré que l’observation très furtive n’ai pas été clairement authentifiée. Un requin tigre de taille estimée à 3 m l’aurait approché fugacement curieux au niveau de son palier aux 25 m avant de disparaître dans le bleu!

 

Portes d’entrées pour ces espèces dans la Grande Bleue, deux hypothèses possibles, l’espèce étant autant représentée dans l’Atlantique tropical qu’en Mer Rouge, le vaste goulot originel de 14 km de large que représente le Détroit de Gibraltar ou le passage nettement plus étroit du plus récent Canal de Suez.

Le requin tigre est considérée comme l’une des trois espèces de requins les plus dangereuses pour l’Homme avec le requin bouledogue (Carcharhinus leucas) et le grand requin blanc (Carcharodon carcharias), d’après les données de l’International Shark Attack File qui est un des organismes de référence qui recense les attaques de requins dans le Monde depuis 1580 à nos jours, le requin tigre talonne de peu le requin bouledogue avec 111 attaques non provoquées enregistrées dont seules 31 fatales pour le tigre contre 100 attaques enregistrées dont 21 fatales depuis 1580 à 2014 dans le Monde, le grand requin blanc enregistrerait un total de 314 attaques non provoquées pour 80 mortelles durant la même période au niveau mondial.

Une attaque de requin est  dite « non provoquée » lorsqu’elle n’est pas induite par un comportement humain considéré comme anormal ou provocateur vis-à-vis du comportement du requin. (Sources : ISAF : http://www.flmnh.ufl.edu/fish/sharks/statistics/species3.htm).

 

Ces statistiques démontrent clairement que les attaques de requins restent des « accidents » malheureux exceptionnels compte tenu des milliers d’interactions Homme-Requin qui ont lieu dans l’ensemble de l’Océan Mondial chaque année, ce même pour les espèces sensibles que sont le requin tigre et le grand requin blanc présent également en Méditerranée -600 observations depuis le Moyen Age dans la Grande Bleue et 44 observations dans nos eaux méditerranéennes françaises.

 

Pour le confirmer, malgré sa présence, même rare, clairement avérée et documentée en Méditerranée, le requin tigre n’est à l’origine d’aucune attaque sur l’Homme dans la Grande Bleue ! Une nouvelle occasion de rassurer la population et les touristes de pouvoir se baigner dans les belles eaux de la Méditerranée, et plus proche de nous dans nos belles eaux corses et de notre côte méditerranéenne française cet été ! Et qui plus est que notre belle Méditerranée est en suffisamment bonne santé pour accueillir de tels grands prédateurs, garants primordiaux de l’équilibre de l’écosystème marin et de la conservation d’une riche biodiversité.

 

Sources :

- Compagno, LVJ (1984) Sharks of the world- Carcharhiniformes. FAO, vol 4 part 2.

- De Maddalena, A, Maliet, V, Baensch H. (2015) Requins de Méditerranée, Histoires et études de 50 espèces. Editions Turtle Prod.

- De Maddalena, A, Révelart, AL (2008) Le Grand Requin Blanc sur les côtes françaises. Turtle Prod.

- ISAF : http://www.flmnh.ufl.edu/fish/sharks/statistics/species3.htm

- Lepage C (2010) Requins de Méditerranée. Ils sont là ! Plongeur.com N°3 : 19-23 : http://www.plongeur.com/magazine/telechargement/

Photos:

Bruno GUENARD/ http://www.h2oeil.net/   

 

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