SCUBA - PHOTOGRAPHY

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l'actualité sous-marine en image

Le scandale du shark-feeding de tigre

Les plongeurs de la côte Est ont noté ces derniers mois une recrudescence des requins-tigre sur les sites de plongée. Un phénomène qui va de paire avec les découvertes de têtes de thonidés sur les spots. Alertée par ces cas de shark-feeding, la mairie de Arue explique avoir déjà demandé une enquête auprès des clubs de plongée.

Le phénomène date déjà de plusieurs mois et ne cesse d'alimenter les conversations des plongeurs de la côte Est de Tahiti. Après les observations de pêcheurs et de rameurs en baie de Matavai, notamment relatées par nos confrères de La Dépêche, les plongeurs ont eux aussi noté la recrudescence des apparitions de requins-tigre sur les sites de plongée. Les grands squales remontent de plus en plus souvent des profondeurs et s'approchent des sites les plus fréquentés. Pour nombre d'habitués des clubs de plongée professionnels ou simples clients la cause en est toute désignée : le “shark-feeding”. Littéralement le nourrissage des requins. Une pratique répandue parmi les clubs de plongée même si elle a évolué aujourd'hui qui consiste à attirer les squales sur certains sites en particulier en leur apportant leur nourriture. Ici principalement des restes de poissons. Une pratique qui fait largement débat lorsqu'il s'agit du fameux requin-tigre. Deuxième espèce la plus impliquée dans les attaques sur l'homme, réputée agressive et peu sélective dans le choix de ses proies.

 

“Je ne m'attendais pas à faire du shark-feeding”

Parmi les témoignages qui nous sont parvenus, un plongeur âgé de 39 ans relate une récente plongée sur le site des roses à Arue. La plongée se déroule sans encombre et la palanquée descend jusqu'à 40 mètres admirer la flore sous-marine. Mais au retour, notre plongeur explique être tombé sur une tête de thon posée au fond de l'eau non loin du mouillage. “Je ne peux pas dire que j'ai vu quelqu'un du bateau la mettre à l'eau. Je ne sais pas qui a pu la mettre là. Mais elle était en plein sur le site de plongée”. La rencontre n'a pas manqué. Lors de la remontée la palanquée est tombée sur un requin-tigre d'environ deux mètres rodant autour des plongeurs. Avant tout surpris, le plongeur explique : “C'est surtout que je ne m'attendais pas à faire du shark-feeding”.

Une autre plongeuse âgée d'une vingtaine d'années se rappelle qu'un peu plus tôt, fin 2011, son moniteur avait déjà remonté une tête de thon trouvée en plein sur un site de plongée en baie de Matavai. Le responsable du club avait alors pesté contre les clubs concurrents, selon lui responsables du feeding.

 

“Depuis que les clubs ont commencé à faire une pratique intensive du feeding…

…on en voit beaucoup plus sur les sites.” Du côté des clubs, le sujet est extrêmement “sensible” du fait de la concurrence. Sous couvert d'anonymat, les responsables des centres de plongée n'hésitent pas à “balancer” leurs petits camarades sur ces pratiques. Devant l’impossibilité de vérifier leurs dires, nous n’en citerons aucun. “Il y a environ six mois, à chaque plongée, des centres descendaient systématiquement avec des têtes de thon”, lâche ce responsable d'un club de la côte Ouest. “J'ai vu des bateaux de pêcheurs aller vider leurs déchets mais c'est au large et ça ne peut pas être sur des spots de plongée. Mais autrement, il y a des clubs qui pratiquent le feeding et attirent des tigres, c'est sûr”, avance un autre moniteur situé lui sur la côte Est. Le cogérant du Scuba Tek à Arue estime, lui, que : “Depuis que les clubs ont commencé à faire une pratique intensive du feeding, on en voit beaucoup plus (de tigres, NDLR) sur les sites”.

Si peu de clubs se risquent ainsi à faire le lien entre le nourrissage de requins et la recrudescence des tigres, les restes de thonidés retrouvés sur les sites de plongée à Arue ne laissent que peu de doutes.

 

Une pratique réglementée.

Les clubs qui reconnaissent pratiquer le shark-feeding expliquent qu'ils ne nourrissent pas directement les requins-tigre. Pas sûr néanmoins qu'au fond de l'eau les carcharhinidae fassent la différence… Le responsable marketing et commercial de Top Dive à Tahiti insiste de son côté sur la dimension “pédagogique” d'une telle pratique qui permet aux plongeurs encore pétris de clichés sur ces prédateurs précisons que les attaques de tigres recensées ne sont que d'environ 80 par ans dans le monde entier d'observer et de pouvoir mieux appréhender les requins.

La pratique reste d'ailleurs réglementée et le code de l'environnement polynésien précise que le shark-feeding est interdit dans les lagons, les passes et dans un rayon d'un kilomètre centré sur l'axe des passes. En pratique, il est évidemment recommandé d'éviter les zones où il y a d'autres activités, notamment de pêche.

Une enquête demandée par la mairie de Arue.

La commune de Arue s'est saisie du phénomène et a demandé il y a “trois à quatre mois” une enquête de la gendarmerie pour contrôler les clubs de plongée. “On a eu une remontée d'information allant dans ce sens-là”, explique le directeur de cabinet du maire Philip Schyle. “Donc on a alerté la gendarmerie et on a alerté la protection civile sur la problématique. On attend aujourd'hui les résultats de cette enquête”. La gendarmerie explique de son côté que la brigade nautique a procédé à plusieurs contrôles aléatoires sur des clubs de plongée à Arue. “Mais pour ce qui est de la gendarmerie”, précise le chef d'état-major Christian Potel en charge notamment de la brigade nautique, “aujourd'hui il n'y a pas eu de contrôles ayant permis de constater des infractions”.

 

Source: Sous la mer.com

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