SCUBA - PHOTOGRAPHY

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Les naufragés de Tromelin

Quelle surprise hier de voir hier au JT un sujet sur les naufragés oubliés de Tromelin. J’ai de suite repensé à cette incroyable histoire, me ramenant à mes premières lectures scolaires, comme Vendredi ou la Vie sauvage de Michel Tournier, mais également à l’article que j’avais rédigé en avril 2011.

Toujours en proie d’histoires liant les hommes et la mer, je vais tenter encore ici de vous relater l’histoire littérale des « naufragés de Tromelin ».

 

Dans un premier temps, le cadre environnant et ses éléments…

D'une forme ovoïde, l'île Tromelin est située à 450 kilomètres à l'est de Madagascar et à 535 kilomètres au nord de l'île de La Réunion. L'île est longue d'environ 1 700 mètres et large au maximum de 700 mètres, et son point le plus élévé ne dépasse pas 700 mètres. Elle est entourée de fonds marins de 4 000 mètres de profondeur.

Sa côte de 3,7 kilomètres de longueur est sablonneuse et le terrain est plat, recouvert d'arbustes épars, battu par les vents et chahuté par les alizés... Elle est ceinturée par une barrière de récifs coralliens particulièrement dangereux à la navigation et rendant son accès très difficile. L'accostage se fait uniquement par temps calme et par un seul point, au nord-ouest où il existe une passe étroite. Très souvent, les lames déferlent sur les récifs, rendant tout abordage impossible.

Le climat est de type tropical maritime avec des températures moyennes mensuelles qui varient de 20 à 26 °C.

Les précipitations se situent entre 1 000 et 1 500 millimètres d'eau par an, la moitié tombant de janvier à mars. Les pluies sont en général de courte durée et d'intensité modérée à forte. Les alizés de sud-est soufflent la majeure partie de l'année à une vitesse de 15 à 35 km/h.

 

En saison chaude, se produisent des périodes sans ou avec peu de vent mais entrecoupées par le passage de dépressions tropicales ou de cyclones auxquels l'île est particulièrement exposée. En 1986, elle a ainsi subi deux cyclones : Erinesta, très dévastateur suivi quelques semaines plus tard d'Honorina.

La flore est peu développée du fait des conditions météorologiques et du manque d'eau douce. À l'exception de deux ou trois mois en été, cette île plane est balayée, nuit et jour, par des alizés qui sont soutenus en hiver. En été, elle peut subir les assauts des cyclones et des tempêtes tropicales. On ne trouve donc que des herbes et des broussailles constituées d'arbustes peu denses. Des veloutiers et des pourpiers, à la croissance torturée par un vent d'Est dominant, sont présents un peu partout sur l'île. Les essais de plantations d'autres espèces n'ont pas réussi à l'exception de quelques rares cocotiers venant des îles Glorieuses et d'un vacoa.

 

La faune est essentiellement constituée de bernard l'ermite, d'oiseaux marins, en colonies permanentes pour les fous masqués à palmes noires et les fous à pieds rouges (Sula sula) ou de passage pour les frégates (suivant le régime des vents) et les sternes blanches (Gygis alba) plus rarement (vus en octobre), et enfin de tortues marines pour lesquelles l'île est un important lieu de ponte. La tortue verte (Chelonia Mydas) aussi appelée tortue franche est principalement rencontrée et dans une moindre mesure la tortue à écailles, plus connue sous le nom de caret. Les eaux aux alentours sont très poissonneuses. L’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR) a recensé 26 espèces de coraux2. Des espèces allochtones ont été introduites sur l'île lors des différents naufrages : rats, souris et lapins. Ces derniers ont été décimés en 1986 par le cyclone Erinesta.

Le début de cette histoire débute dans la nuit du 31 juillet 1761 au 1er août 1761, L'Utile, frégate de la Compagnie française des Indes orientales affrétée par Jean-Joseph de Laborde et commandée par le capitaine Jean de Lafargue, fait naufrage sur les récifs coralliens de l'île. Le bateau parti de Bayonne en France avec 142 hommes d'équipage, après une escale à l'île Maurice (appelée à l'époque « Île de France »), avait embarqué cent soixante hommes, femmes et enfants malgaches à Foulpointe, sur la côte orientale de Madagascar, pour les emmener en esclavage sur l'île Maurice malgré l'interdiction de la traite décrétée par le Gouverneur. Une erreur de navigation fait échouer le navire sur les récifs de Tromelin.

 

Lors du naufrage, l'équipage et une soixantaine de Malgaches arrivent à rejoindre l'île ; mais les autres esclaves, enfermés dans les cales, périssent noyés. L'équipage récupère différents équipements, vivres ainsi que du bois de l'épave. Ils creusent un puits, permettant d'obtenir de l'eau tout juste potable, et se nourrissent des vivres récupérées, de tortues et d'oiseaux de mer.

Le capitaine Jean de Lafargue ayant perdu la raison suite à la perte de son navire est remplacé par son premier lieutenant, commandant en second, Barthélémy Castellan du Vernet. Celui-ci fait construire deux campements sommaires, l'un pour l'équipage et l'autre pour les esclaves, une forge et, avec les matériaux récupérés de l'épave, fait débuter la construction d'une embarcation. Deux mois après le naufrage, les 122 hommes d'équipage restants y prennent place difficilement, laissant les Malgaches sur l'île avec quelques vivres.

 

Castellan promet à son équipage ainsi qu'aux soixante esclaves restés sur l'île de revenir les chercher. Cette promesse ne sera pas tenue car le gouverneur Desforges-Boucher refusera toujours au lieutenant Castellan de lui fournir un bateau afin de retourner chercher les esclaves qu'il avait dû abandonner. Les marins atteignent Madagascar en un peu plus de quatre jours et sont transférés à La Réunion puis à l'île Maurice.

Durant la traversée de Madagascar vers La Réunion à bord du Silhouette, le capitaine Lafargue décède de maladie et Castellan demande par de nombreuses fois l'autorisation d'aller secourir les esclaves restés sur l'île. Cependant le gouverneur, furieux que Lafargue ait enfreint ses ordres de ne pas importer d'esclaves sur l'île Maurice (il craignait un blocus de l'île par les Anglais et donc d'avoir des bouches à nourrir supplémentaires), refusait catégoriquement3.

Castellan finit par abandonner et quitta l'île Maurice pour rentrer en France métropolitaine fin août 1762. La nouvelle de cet abandon arrive à Paris et agite un temps le milieu intellectuel de la capitale3 avant que les naufragés ne soient oubliés avec la fin de la guerre de Sept Ans et la faillite de la Compagnie des Indes.

 

En 1773, un navire passant à proximité de l'île Tromelin les repère et les signale de nouveau aux autorités de l'île Maurice3. Un bateau est envoyé mais ce premier sauvetage échoue, le navire n'arrivant pas à s'approcher de l'île. Un an plus tard, un second navire, La Sauterelle, ne connait pas plus de réussite. Il réussit néanmoins à mettre une chaloupe à la mer et un marin parvient à rejoindre les naufragés à la nage mais il doit être lui aussi abandonné par ses camarades qui ne peuvent accoster à cause de l'état de la mer et le navire doit quitter les parages de l'île. Ce marin fait alors construire un radeau sur lequel il embarque avec les trois derniers hommes et trois femmes rescapées mais ce radeau disparait en mer, sans doute en 1754.

Ce n'est que le 29 novembre 1776, quinze ans après le naufrage, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, récupère les huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois3. En arrivant sur place, le chevalier de Tromelin découvre que les survivants sont vêtus d'habits en plumes tressées et qu'ils ont réussi, pendant toutes ces années, à maintenir un feu allumé alors que l'île ne possède pas d'arbre. Les survivants sont recueillis par le gouverneur français de l'île Maurice qui les affranchit et décide de baptiser l'enfant Moïse. Le chevalier de Tromelin est le premier à décrire précisément l'île qui porte désormais son nom.

 

Depuis, une expédition archéologique « Esclaves oubliés » menée par Max Guérout, ancien officier de la marine française et vice-président du Groupe de recherche en archéologie navale, et placée sous le patronage de l'UNESCO, a eu lieu d'octobre à novembre 2006. Les résultats de ses découvertes sont rendus publics le 17 janvier 2007. Les dix membres de l'expédition sondent l'épave de L'Utile et fouille l'île à la recherche des traces des naufragés dans le but de mieux comprendre leurs conditions de vie pendant ces quinze années.

Selon Max Guérout, « il y a très vite des tensions au sein des survivants, à cause de l'eau. En trois jours, un puits de 5 mètres de profondeur est creusé. Cela représente un effort considérable ». « On a retrouvé de nombreux ossements d'oiseaux, de tortues ainsi que des coquilles d'œufs de ces deux familles d'animaux. L'arrivée de ces naufragés a dû causer une véritable catastrophe écologique pour l'île ». « On n'a pas l'impression que ces gens étaient écrasés par leur condition. Ils ont essayé de survivre avec ordre et méthode. »

 

Un journal de bord anonyme, attribué à l'écrivain de l'équipage, est retrouvé. Sont retrouvés des soubassements d'habitations fabriquées en grès de plage et corail, six gamelles en cuivre réparées à de nombreuses reprises et un galet servant à affûter les couteaux. Le feu du foyer est maintenu pendant quinze ans grâce au bois provenant de l'épave, l'île étant dépourvue d'arbres.

Une deuxième expédition organisée en novembre 2008 n'a pas permis de retrouver les sépultures observées en 1851 par un officier de marine anglais. Toutefois les restes de deux corps déplacés lors du creusement des fondations d'un bâtiment de la station météo ont été mis au jour. Trois bâtiments construits à l'aide de blocs de corail ont été découvert, dont la cuisine encore équipées des ustensiles de cuisine et en particulier de récipients en cuivre réparés à plusieurs reprises, témoignant de l'industrie des esclaves et de leur énergie à survivre.

 

Une troisième mission archéologique a eu lieu en novembre 2010. Elle a permis la découverte de trois nouveaux bâtiments et de nombreux objets, dont deux briquets et des silex, qui ont élucidé la technique utilisée par les naufragés pour rallumer le feu…

Etant certain que de belles trouvailles attendent encore aux abords des récifs de l’île, je rêve à de prodigieuses et insolites plongées….

 

Ci-après, la vidéo du reportage diffusé ce 15 aout

 
Credit photo: Irene Frain

 

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