SCUBA - PHOTOGRAPHY

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l'actualité sous-marine en image

L’homme qui avait peur de l’eau…

Jean-Marie Ghislain est un plongeur nomade animé par un objectif et un seul : réhabiliter le requin dans l’imaginaire populaire. Son credo : la beauté comme remède à la peur. Son ambition : contribuer à mettre un terme au massacre de cet animal, estimé à 70 ou 80 millions d’individus par an, qui menace aujourd’hui d’extinction plusieurs espèces. De retour d’Afrique du Sud, il rapporte quelques images surprenantes d’interaction avec ceux que l’on a baptisés les « peaux bleue ».

Les photos sont prises à environ 65 Km au sud-ouest du Cap de Bonne-Espérance au niveau des failles sous-marines dont la profondeur varie de 500 à 2500 mètres. « Ces requins viennent facilement au contact n’hésitant pas à toucher plongeurs et appareils photos, explique Jean-Marie Ghislain, mais il est facile de les écarter en douceur. Le danger de ces plongées, qui se déroulent loin au large avec souvent du courant et de la houle, est de perdre les autres plongeurs de vue et de dériver seul sur l’océan ». Les « peau bleue », particulièrement agiles et rapides, sont capables de parcourir de très grandes distances. Ils font partie des requins directement menacés par les campagnes des longliners, ces bateaux qui mettent à l’eau des lignes de pêche pouvant faire jusqu’à 100 km de long.

La passion de Jean-Marie Ghislain pour les requins n’était ni écrite ni annoncée. Son histoire vaut la peine d’être racontée. A 56 ans, Jean-Marie poursuit en fait un parcours initiatique entamé il y a déjà de longues années pour chasser une peur terriblement handicapante de l’eau qui l’habite depuis son plus jeune age.

Le souvenir – inscrit dans son subconscient – d’une noyade évitée de justesse alors qu’il était enfant, générait chez lui une peur panique de l’eau et de l’éloignement de tout objet flottant sur lequel, ou dans lequel, il pouvait se trouver.

Dès l’âge de vingt ans, il entreprend de tenter de faire disparaître cette peur en la prenant de front. Il pratique la planche à voile jusqu’à pouvoir représenter, à 24 ans, l’équipe de Haïti aux championnats du monde en Guadeloupe puis en Hongrie. A 26 ans, il se lance avec des amis dans une traversée de l’Atlantique à la voile, en hiver, sur un Syma 30 baptisé « café du port ». Tempête, avarie, l’équipage est récupéré par des pêcheurs au large des Açores après plusieurs jours de dérive sans gouvernail. En dépit de ces expériences fortes, l’angoisse de l’eau ne l’abandonne pas.

Jean-Marie réussit dans les affaires mais il redoute toujours les grands espaces et les grands fonds.

Il décide alors d’aller au bout de son voyage initiatique, de pratiquer une thérapie de choc mariée à un engagement pour une cause qui le sensibilise. La réponse à sa phobie – il en est assuré – est sous la mer, dans le bleu vaste et profond des océans, au contact de celui qui symbolise, pour tous, le danger et la peur ultimes : le requin !

Jean-Marie se met à la plongée à l’été 2007. Apprentissage angoissant soutenu par une détermination sans faille. Début 2009, il est prêt à affronter l’océan grandeur nature au plus près de son principal prédateur.

Il effectue sa première plongée en face de Playa Del Carmen au Mexique. Au programme : une rencontre avec des requins bouledogues. Navigation, préparation, mise à l’eau, l’angoisse est là, intériorisée, maîtrisée par des mois d’entraînement à la pratique d’une technique qui ne souffre pas d’approximation.

Que va-t-il en sortir ?

Contre toute attente, une sérénité et une joie indicible en lieu et place de cette peur si redoutée qui tétanise. Son rythme respiratoire s’est ralenti. Il a goûté jusqu’au bout à une expérience nouvelle. Il a réalisé un acte fondateur. Pour sa relation à la mer. Pour sa relation à une espèce menacée d’extinction.

Sa décision est prise. L’homme d’affaire réoriente sa vie comme un navigateur prend un nouveau cap. Il la dédie désormais à l’océan et à la défense de son plus bel animal. Pour lui et pour lui seul, il élabore un projet de communication et d’éducation visant à modifier la perception qu’à le grand public du requin, enfermée dans une image désastreuse construite par tant de films à sensations comme les dents de la mer.

Shark-revolution est née (www.shark-revolution.com).

Son emblème : un requin, une fleur rose à la gueule, pour affirmer que ce prédateur si important pour l’équilibre de la chaîne alimentaire océane doit impérativement cesser d’être exterminé.

Son action : le témoignage urbi et orbi (n’est ce pas Francis ???) par la photographie avec pour leitmotiv la beauté comme remède à la peur.

Pour agir, Jean-Marie va devoir ajouter à la maîtrise de la plongée sous-marine, celle non moins simple de la photo sous-marine. Impératif pour le tour du monde qu’il décide d’entreprendre à la rencontre de toutes les espèces de requins.

En janvier 2010, il entame son voyage avec 52 plongées à son actif et bien peu d’expérience en matière photographique. En 13 mois, il visite les Philippines, Palau, l’Australie, les Fidji, les Tuamotu, l’Afrique du Sud, l’Egypte…

En février 2011, il repart aux Tuamotu avec pour objectif de côtoyer le grand requin marteau qu’il n’avait pu voir à son premier passage. L’approcher comme il le souhaite, pour être en symbiose avec l’animal, lui impose l’apprentissage d’une technique de plongée sous-marine qu’il ne maîtrise pas encore : le recycleur. Il fait venir spécialement jusqu’à Rangiroa, cet atoll perdu des Tuamotu, un ancien officier-marinier de la Marine nationale française. L’instructeur débarque de l’avion qui l’amène de Tahiti avec kilos de matériel. A marche forcée, il forme son exigeant élève à la discipline. Le jeu en vaut la chandelle. La rencontre avec le grand requin marteau a bien lieu, magique, dans les eaux bleues de la passe de Rangiroa.

Le book de Jean-Marie Ghislain qui restitue les requins dans leur environnement naturel avec un regard et un esthétisme uniques en leur genre est aujourd’hui le plus bel hommage rendu à cet animal, une arme redoutable pour s’en faire l’avocat autour de la planète.

Son combat est désormais lancé avec des projets d’expositions photos aux quatre coins du monde, d’articles dans les plus grands magazines, et de documentaire. Pour témoigner et expliquer, toujours !!!

Ce photographe sous-marin, aujourd’hui spécialiste des squales, à répondu aux questions de National Geographic suites aux récentes attaques de La Réunion.

 

Quelle est, selon vous, la cause de l’augmentation du nombre d’attaques de requins dans le monde?

Plusieurs facteurs entrent en jeu. Tout d’abord, l’augmentation de la pratique de sports liés à la mer, et l’inconscience ou le manque d’informations de ses participants. Certains surfeurs n’intègrent pas le fait qu’ils entrent dans l’espace naturel de prédateurs potentiellement dangereux.

Il faut savoir qu’aucune formation n’est requise pour surfer dans des endroits où les requins sont présents. Pourquoi ? Si vous allez dans un espace où des lions sont présents, les règles sont claires et vous recevez un briefing préalable à tout déplacement dans la zone.

D’autres éléments tels que la pêche, la modification des infrastructures côtières et des activités humaines dans les zones de rejet ont aussi une influence majeure.

Enfin, la personnalité des requins est également à prendre en compte. Il y a toujours une minorité d’individus qui poseront potentiellement problème au sein d’une même colonie. J’ai été témoin, à plusieurs reprises, de comportements très agressifs de la part d’individus amoindris (borgne, mâchoire abîmée, déplacements moins rapides, etc)

Seule une étude factuelle de toutes les circonstances permettrait de déterminer les causes réelles de cette évolution.

Existe – t’il un risque zéro pour les baigneurs ?

Non, il faut se renseigner sur l’environnement dans lequel on s’aventure avant de se baigner n’importe où. Pas seulement sur la présence éventuelle de requins, mais également sur les courants et autres dangers directs liés à la mer.

 

Peut-on comparer le fait du faire du surf en eaux troubles à la pratique du ski hors piste ?

D’une certaine façon oui. Si ce n’est qu’en cas d’accident lié au ski hors piste, il ne viendra l’idée de personne d’accuser la montagne.

 

Quelles précautions devraient prendre les surfeurs ?

Se renseigner sur la présence ou non de requins potentiellement dangereux, éviter les lieux qui sont leurs endroits de chasse et surtout les heures les plus critiques (aube et crépuscule). Imposer une « information » adéquate à tout individu qui se met à l’eau dans des zones à risque. Certaines technologies ont été développées, et pourraient permettre de réduire le risque d’approche des requins mais je n’en connais pas l’efficacité.

 

Source: Reporters-Connexion.com

Crédit photo: Shark-Revolution

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