SCUBA - PHOTOGRAPHY

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l'actualité sous-marine en image

Requins, ile de la Réunion, et chiffres...

Depuis la dernière attaque du surfeur de 22 ans qui évoluait lundi 23 juillet dernier, les tractations sur les attaques de requins ont repris de plus belle. En effet, sur le spot de Trois-Bassins, commune située à l'ouest de l'île de la Réunion, entre Saint-Leu et Saint-Paul, ce jeune homme ayant eu la jambe arrachée par un requin, et malgré l'intervention des secours, n'a pas pu être réanimé.

Cette attaque est la trentième depuis 1980 sur l'île. 13 d’entre elles ont été mortelles.

 

La plupart des articles sur ce genre d’incident s’accompagnent de spéculations sur la menace que représenterait cette espèce pour l’homme, et les hypothèses ne manquent pas pour justifier cette position : par exemple en Australie, ils seraient plus nombreux (il y aurait entre 3000 et 4000 requins blancs mais ces estimations restent invérifiables), ils nageraient plus près des côtes, ou ils se tourneraient vers la chair humaine par manque de nourriture. Mais d’après la Fondation, aucune donnée ne prouve une augmentation du nombre de grands requins blancs; quant aux autres explications, elles ne sont pas crédibles.

Les requins réagissent à certains stimuli comme des mouvements dans l’eau ou des poissons rejetés à la mer. Et les êtres humains ne sont pas vraiment un mets de prédilection pour les requins, car contrairement à un phoque bien gras, nous sommes un mélange de tendons, de cartilages, de combinaison en caoutchouc et de planche de surf. Les attaques ont généralement lieu sur un malentendu. Le squale commence d’abord par goûter sa proie et décide ensuite de la manger ou non. Malheureusement la morsure d’un grand requin blanc de quatre mètres est souvent mortelle !


Encore une fois, c’est l'homme qui pénètre de plus en plus dans le territoire des requins !!!

Ce qui a changé, c’est notre rapport à la mer. Nous nous aventurons toujours plus loin en « territoire requin ». Chaque année, nous sommes de plus en plus nombreux à profiter des activités nautiques : le surf, la natation, le canoë-kayak, le snorkeling et la plongée.

Il est facile de comprendre et d’admettre que nous n’irions jamais nous aventurer chez les lions dans une réserve, et pourtant nous n’hésitons pas à pénétrer le territoire des squales.

Les requins sont diabolisés parce qu’ils réactivent trois de nos plus grandes angoisses : être mangé vivant, être attaqué en dehors de notre milieu naturel (dans la mer), et la peur de ce qui vit dans les profondeurs.

Ceci dit, l’actualité se concentre en ce moment sur l’Ile de la Réunion, j’ai donc relevé des chiffres assez parlant que je vous fais partager ci-après.

A noter que nous ne parlons pas ici de Grand Blanc, mais plutôt de requins Bouledogues ou requins Tigres. Ces deux espèces sont impliquées dans la majorité des accidents à la Réunion.

Ces deux espèces sont des « opportunistes alimentaires » se nourrissant de proies variées, mortes ou vivantes, et de déchets de toutes sortes.

82% des espèces ont une taille comprise entre 20cm et 2m, alors que la plupart des espèces impliquées dans les accidents mesurent plus de 2m (en excluant les plus grandes, inoffensives : requin baleine, requin pèlerin, …). Le nombre d’espèces réputées dangereuses est donc minime par rapport à la diversité taxonomique de ces poissons.

Les motivations de leurs attaques sont dues, soit à la présence de poisson blessé (chasseurs sous-marins par exemple), une irritation de territorialité (morsure d’agressivité) quelle que soit l’activité de la victime et quelle que soit l’espèce de requin en cause, ou souvent une confusion alimentaire dont nous connaissons bien la ressemblance entre une silhouette humaine en surface, notamment sur une planche, et une proie habituelle (tortue marine, raie, phoque, dugong, ..)

J’ai donc tenté de faire le point avec les différents éléments captés ici et là.

 

La carte des accidents (depuis 1980)

 

 

L es chiffres entre parenthèses font référence au numéro de l'attaque (classés par ordre chronologique)

 

 

Lieu

Date

Horaire approximatif

Activité

évolution

(1)

Grande Anse

24/11/80

15H00

Pêcheur sous-marin

Vivant

(2)

Prés du port de St Pierre

10/09/81

07H00

Nageur

Décédé

(3)

Lieu-dit Cap Méchant

30/11/81

17H00

Pêcheur sous-marin,

Vivant

(4)

Embouchure Rivière des Galets au Port

18/02/84

08H00

Baigneur

Décédé

(5)

Cap La Houssaye St Paul

fin 1984

fin d’après-midi

Pêcheur sous-marin

Vivant

(6)

Pic du Diable St Pierre

14/03/88

18H30

Surfeur

Vivant

(7)

Embouchure de l’étang du Gol à St Louis

28/04/88

17H30

Pêcheur à pied

Décédé sur la plage

(8)

Plage nord de Ste Suzanne

19/07/89

17H00

Surfeur

Décédé sur la plage

(9)

Nouveau port de Ste Marie

05/03/90

17H45

Surfeur

Vivant.

(10)

Ravine des Sables au nord d’Etang-Salé-les-Bains

01/07/91

17H30

Surfeur

Vivant, amputation bras gauche

(11)

Embouchure ravine de Trois-Bassins

29/01/92

16H30

Pêcheur sous-marin

Vivant

(12)

Lieu-dit Cayenne St Joseph

22/05/92

14H00

Chute de la falaise

Décédé

(13)

Au large de la baie de St Paul

mi-juin 92

fin d’après-midi

Plongeur professionnel

Vivant

(14)

Cap Marianne, baie de St Paul

28/06/92

14H30

Surfeur

Décédé à l’hopital

(15)

Lieu-dit Les Banians, front de mer St Denis

09/07/94

13H45

Véliplanchiste

Décédé

(16)

Lieu-dit Les Banians, front de mer St Denis

19/09/95

13H00

Véliplanchiste

Décédé

(17)

Embouchure Etang-St Paul

01/01/96

16H00

Surfeur

Décédé

(18)

Pointe au Sel, St Leu

03/01/97

07H30

Pêcheur sous-marin

Décédé

(19)

Face au Pont Mula, Etang-Salé-les-Bains

19/02/97

18H30

Baigneur

Vivant

(20)

Grande Anse

28/01/98

17H00

Nageur

Décédé

(21)

Embouchure rivière des Marsouins, St Benoit

01/10/98

09H45

Plongeur

Vivant

(22)

Le Gouffre, Etang-Salé-les-Bains

11/04/99

10H00

Nageur (pmt)

Décédé

(23)

Pic du Diable, St Pierre

08/09/2000

18H00

Surfeur

Vivant

 

QUELQUES CHIFFRES

Avant les années 80 et donc avant l’essor des activités de la mer, on ne retrouve que peu de traces de tels accidents (seuls 5 cas sont confirmés avec certitude). Depuis, le nombre des attaques de requins à l'Ile de La Réunion se porte à 23 (soit plus d'un accident par an).

Chiffres actualisés à nos jours et établis à partir de la série réunionnaise.

 

LES ACTIVITES DES VICTIMES

· Des surfeurs et véliplanchistes dans 39% des cas ;

· Des baigneurs, nageurs PMT (palmes, masque, tuba), pêcheurs à pieds, embarqués, tombés à l'eau... dans 30% des cas ;

· Des pêcheurs sous-marins 22% ;

· Des plongeurs avec bouteilles 9%.

Chiffres actualisés à nos jours et établis à partir de la série réunionnaise.

 

LES FACTEURS DE RISQUE DES ATTAQUES

· Le type d'activité de la victime (mentionné précédemment) ;

· La localisation et l'isolement : les victimes sont toujours seules dans l'eau (ou au mieux accompagnées d'une seule personne dans un rayon de 20m), essentiellement dans des zones peu fréquentées, la profondeur moyenne du site d'attaque est de 4,5m et la distance moyenne de la côte est de 35m. ;

· La proximité d'une embouchure, d'un port, d'une décharge publique (61% des attaques). Certaines espèces de requins très dangereuses (Bouledogue et Tigre notamment) fréquentent tout particulièrement les estuaires et les eaux sales où ils peuvent se nourrir de charognes de toutes sortes ;

· L’horaire de survenue : puisqu'il existe un pic de fréquence en fin d’après-midi avec 57% des attaques survenues après 16H. La plupart des squales ont une activité prédatrice prédominante la nuit, hormis le requin blanc qui présente aussi une activité diurne de par son plus grand nombre de cônes rétiniens et dont l'habitat de prédilection se situe plutôt en eaux tempérées ou froides ;

· La turbidité de l'eau : 78% des attaques à La Réunion se sont déroulées en eau trouble. Plus la visibilité est faible, plus le risque de confusion alimentaire pour l’animal est important. La turbidité de l’eau peut être due parfois à de l’eau douce, provenant des rivières et des ravines, chargées en déchets organiques après de fortes pluies.

Chiffres actualisés à nos jours et établis à partir de la série réunionnaise.

 

FREQUENCE

Si l'on rapporte le nombre d'accidents de la série réunionnaise au nombre d'habitants de La Réunion, en comparaison aux séries étrangères pour une période identique (1990-2000), on s’aperçoit que, hormis à Hawaï, c’est à La Réunion que le risque est le plus important. En effet, en terme d’accident/habitants le risque est égal à la Floride (mais où la mortalité est 58 fois moins importante), et 8 à 10 fois plus élevé qu'en Australie et en Afrique du Sud. Seul Hawaï connait un risque 2 fois plus grand que La Réunion.

 

 

 

Zones géographiques (La Réunion et les 4 zones les plus touchées)

Réunion

Hawai

Australie

Afrique du Sud

Floride

Nombre d’attaques

(pour la période : 1990-2000)*

12

35

36

69

220

Population actuelle**

706000

1108229

18300000

42400000

12937900

Nombre d’attaques pour 100000 habitants

1,7

3,2

0,2

0,16

1,7

(*) : chiffres fournis par l’ISAF, International Shark Attack File, 2000.

(**) : chiffres fournis par Le Petit Larousse 2001.

Il convient de relativiser ces comparaisons du fait de la probable différence de définition de « l’attaque de requin » dans les pays concernés. En Australie et en Floride, par exemple, un nombre élevé de cas, ne correspondant pas à la définition réunionnaise, est néanmoins relevé (attaques sans blessure ni détérioration matérielle, morsures lors du nourrissage en aquarium,…).

 

MORTALITE

La mortalité pour la dernière décennie (1990-2000) dans la série réunionnaise est de 58%, chiffre largement supérieur à la mortalité moyenne mondiale (13,2%) et très éloigné de certaines séries étrangères comme l’Australie, les USA(Californie, Floride et Hawai) ou encore l’Afrique du Sud, pourtant parmi les pays les plus touchés.

 

 

 

Monde

Réunion

Hawai

Australie

Afrique du Sud

Californie

Floride

Mortalité

13,2%

58%

34%

30%

12%

6%

1,7%

(Selon les chiffres fournis par l’ISAF : International Shark Attack File)

Cette fréquence et cette mortalité anormalement élevées peuvent être diminuées par la mise en œuvre de différentes mesures de préventions primaire et secondaire comme cela a été fait avec succès depuis plusieurs années dans les autres pays à risques (Australie, Afrique du Sud, USA,..). Avant les années 80 et donc avant l’essor des activités de la mer, on ne retrouve que peu de traces de tels accidents (seuls 5 cas sont confirmés avec certitude). Depuis, le nombre des attaques de requins à l'Ile de La Réunion augmente (soit plus d'un accident par an).

Suite à cette nouvelle et dramatique attaque de requin, un arrêté d’interdiction de la baignade et des activités nautiques a été pris à Trois-Bassins jusqu’à nouvel ordre.

L’ironie du sort a voulu que cette attaque survienne le jour même où je vous proposais un article sur les mesures de sécurisation des cours de surf par des vigies requins. A noter que c’est un free surfeur (non protégé par les vigies donc) qui a été victime d’une attaque en fin d’après-midi sur ce spot que la majorité des surfeurs croyait pourtant être le dernier bastion du surf à l’abri des attaques de requins sur la côte Ouest de l’île de La Réunion… les chiffres et informations que je vous propose dans cet article contredisent cette croyance, car toutes les rives de l’ile ont été « touchés ».

Nous allons encore et toujours avoir ces perpétuelles questions : pourquoi autant d’attaques sur l’Île de la Réunion ? Qu’est-ce qui rend les requins aussi agressifs envers l’homme ?

Même si l’on a déjà de nombreux éléments de réponse, des solutions effectives tardent (encore et toujours) à se mettre en place !!!

Merci qui ???

 

Sources: Courrierinternational.com  &  Sharkrun

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