SCUBA - PHOTOGRAPHY

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l'actualité sous-marine en image

Retour sur un record...

Sept ans après le record de profondeur de Pascal Bernabé, à 330 mètres, je reviens sur cette aventure humaine hors du commun : entre reconstitutions, images d’archives et interviews, un fabuleux documentaire existe que je vous conseille : 330 mètres sous les mers.

Pascal entre dans le club très fermé des explorateurs ultra profonds, sur la trace de ses modèles Sheck Exley et Jim Bowden.

Il veut devenir le premier plongeur autonome sous les 300 mètres.
Ces exploits n'auraient pas été possibles sans que les scientifiques et les industriels cherchent eux aussi à envoyer des hommes très profonds.
En 1982 aux USA, Atlantis III simule une plongée à 686m, suivi 10 ans plus tard par La Comex et le plongeur Théo Mavrostomos, qui atteint la profondeur inégalée depuis de 701 mètres.
Les plongeurs autonomes s'emparent de ces techniques de plongée extrême et font tomber les barrières.
John Benett sera le premier plongeur sous les 300 mètres en 2001 au terme d'une plongée de 8 heures qui failli lui coûter la vie.
L’objectif de Pascal est maintenant d'aller au delà des 300 mètres.
D'autres plongeurs continuent à repousser les limites, tel Dave Shaw.
En 2005, Shaw plonge avec un recycleur à une profondeur jamais atteinte avec ce matériel. A l'occasion de ce record à plus de 271 mètres dans une grotte d'Afrique du Sud, il retrouve le corps d'un plongeur disparu dix ans auparavant. Dès lors il n'a qu'une idée en tête : ramener le corps à la famille. En tentant de ramener ce corps, Shaw y laissera la vie.
Quelque mois plus tard, le Sud Africain Nuno Gomes plonge à 318 mètres.

Et enfin, le 5 juillet 2005, Pascal atteint 330 mètres…

Ce doc nous entraîne à la découverte d’un autre monde, celui de Pascal mais aussi des autres explorateurs de l’extrême qui avant lui ont choisi d’affronter « le noir, la solitude, le froid ».

Ce documentaire est à un hommage à tous les plongeurs, qui inlassablement, parfois au péril de leur vie repoussent les limites de la plongée sous marine.

 

Récit de Pascal Bernabé - Mardi 5 juillet 2005 Propiano/Corse. 9h du matin.

 

Cela fait des années que j’attends ce moment : je suis confortablement assis sur la barge du club U-Levante de Denis Bignand ; sous mes palmes déjà dans l’eau, 400 mètres de fond ! Les eaux du Valinco sont calmes, c’est inespéré ! Nous avons dû reporter si souvent cette plongée à cause du vent!

La réalisation de cette plongée avait tourné à l’obsession. Une idée fixe.

A peu de distance, on peut distinguer sur la côte, Porto Polo.

A mes pieds, la grosse bouée bleue à laquelle est fixée la corde de 350 mètres lestée de 50 kilos qui plongent vers les abysses…et qui m’attend.

Dommage qu’il y ait cette boule dans le ventre qui ne disparaît pas malgré la relaxation, une respiration tranquille et surtout de si bonnes conditions. L’équipe s’affaire efficacement autour de moi.

Hubert, François, Tono, Christian, Sophie, Frank et Denis d’U-Levante. J’ai déjà capelé mes vieux bi-18 litres avec une 7 litres d’air en plus pour mon vêtement étanche et des doubles wings, très compactes.

J’ai réduit le matériel au minimum, pour diminuer les risques d’erreur et de confusion au fond.

Seules les quantités de gaz ont été » surdimensionnées « . Ma hantise a toujours été d’en manquer.

Mise à l’eau et fin de l’équipement, un peu laborieuse mais nécessaire. Je ne veux rien laisser au hasard. J’essaie de rester concentré malgré les petits problèmes de dernière minute. Visualiser la plongée, une fois de plus, voir si je n’ai rien oublié dans la longue check-list, aussi longue que pour un départ dans l’espace. D’ailleurs, la remontée du fond sera plus longue qu’un retour de l’espace. C’est donc bien pour un long voyage dans l’inconnu que je me prépare. Avec ses incertitudes malgré la préparation minutieuse, surtout sur l’état au fond, car seuls 3 plongeurs sont allés au-delà de -300m.

Je débute enfin mon immersion un peu encombrée par mes 6 grosses bouteilles. Je franchis la surface, l’interface entre l’air, les copains, la sécurité et la solitude. Normalement mon stress devrait me quitter à ce moment mais il n’en est rien. Petite pause » concentration » à -6 mètres, mais je suis pressé d’être au fond, de savoir enfin. Début de la descente, donc lente puis progressivement de plus en plus rapide, grâce à mes gueuses.

A -70 mètres j’accroche ma bouteille de 18/50, passe sur le 6/72, et commence à prendre de la vitesse.

Je franchis le cap des -100 mètres sans trop y prêter d’attention et commence à prendre de la vitesse.

Je dépasse l’étiquette -150 mètres. Lors de mes premières plongées aux mélanges en 1993, cette profondeur me semblait quasi-inaccessible. Mais depuis 1996, entre les explorations de cavernes noyées et les plongées d’assistance avec Pipin et Audrey Ferreras je suis redescendu une quinzaine de fois entre -150 et -174 mètres, souvent dans des conditions difficiles et avec des tâches à effectuer (Explorer, dérouler du fil, filmer, assister…), ce qui me procure un certain confort psychologique à cette profondeur. A la descente, mais surtout à la remontée pour les paliers. Une plongée spéléo en recycleur Voyager à -150m (7h30) un mois plus tôt m’a bien remis dans le » bain « .

Je viens de passer les -200 mètres pour la troisième fois depuis que je plonge profond.

La première fois c’était dans l’immense caverne noyée de Fontaine de Vaucluse en 1998 à plus de -250 mètres ! La deuxième fois, en mer au large des côtes catalanes à -231 mètres avec la même équipe à partir du Majunga de François Brun. C’est aujourd’hui presque une formalité puisque l’objectif est bien plus profond !

Toujours pas de SNHP.

La corde défile vite entre mes gants. Trop vite !j’ai besoin de toute ma concentration pour passer les oreilles, faire passer les bouteilles au gros mousqueton qui m’assure à la corde, gonfler mon vêtement étanche, heureusement équipé d’un gros débit…

J’arrive à la dernière bouteille de 20 litres accrochée à l’étiquette -250 mètres qui se trouve à -265 mètres (à cause de l’élasticité de la corde) avec un cyalume, comme toutes les bouteilles profondes.

Moment difficile : j’abandonne le relais 20 litres de 6/72 que je respire depuis -70 mètres, commence à respirer sur un relais le mélange fond, passe le nœud : trop de choses en même temps. Le Syndrome Nerveux des Hautes Pressions s’est bien installé sous forme de tremblements légers, mais surtout avec plus de difficulté à se concentrer. D’ailleurs la bouteille relais que je devais accrocher, glisse sur la corde et m’échappe ! Les copains la récupèrent peu de temps après sans trop comprendre et non sans une certaine appréhension. Pour moi bien sûr ça ne s’arrange pas avec la profondeur.

Je suis à présent plus à l’aise avec » seulement » 4 grosses bouteilles remplies de mélange fond.

Bizarrement je tremble moins qu’à la Fontaine du Vaucluse au delà de -200 mètres. Pas de troubles visuels évidents (problèmes de distance) non plus si ce n’est un » effet tunnel « avancé : mon champ de vision semble restreint, avec peu de vision périphérique. Mes détendeurs Apeks ATX100 et mon titan Aqualung fonctionnent merveilleusement bien.

Je note à peine la présence de l’étiquette des -300 mètres qui devrait pourtant me marquer.

Un flasheur clignote, me signalant la zone très profonde. J’atteins la marque des -320m (situé à plus de -330/335m à cause de l’étirement de la corde constaté déjà plus haut et dû aux 50 kilos de lest) lorsqu’une grosse déflagration se produit dans mon oreille droite, accompagnée d’une violente douleur dans cette même oreille. Mon stress disparu depuis -70 mètres revient subitement. Sur le coup je suis persuadé d’avoir une grosse lésion du tympan. Je gonfle mes wings VBS rapidement et amorce la remontée. La douleur à l’oreille ne s’amplifie pas.

J’évite de penser à la suite, me concentrant uniquement sur les tâches immédiates à accomplir.

A -265 mètres, je récupère avec bonheur ma première bouteille de sécurité, le temps d’un premier petit stop. Puis la remontée reprend, plus lente (10m/mn). Là encore grosse différence avec Fontaine du Vaucluse, si le SNHP m’avait touché plus tôt, il m’avait en revanche quitté plus tard vers -70 mètres. Aujourd’hui j’ai le sentiment que dès -220m, il me reste peu ou pas de symptômes. A -215 mètres , deuxième stop profond pendant que m’accroche le second bloc déco. Et c’est encore plus lentement (5m/min) que je rejoins mon palier et ma bouteille suivante à -165 mètres. L’oreille fait moins mal que prévu et je suis en terrain connu. A partir de -150mètres la remontée devient extrêmement lente (3m/min), d’autant plus que les bouteilles s’accumulent autour de moi, sur la corde et sur mon harnais.

Lorsque j’arrive à -70 mètres, c’est 9 bouteilles relais de 20 litres que j’ai à gérer.

A -65 mètres je passe sur la seconde corde. J’y retrouve avec plaisir François Brun, avec lequel j’explore habituellement les épaves profondes, dont une en particulier au large des côtes catalanes sur -105 mètres. Notre dernière exploration remonte à 3 semaines, une manière comme une autre de s’entraîner. Il est en recycleur Buddy Inspiration, vient aux nouvelles et me ravitaille. Je lui fais part de ma douleur à l’oreille et de très légères nausées. Il me déleste de 4 bouteilles et après un long moment passé en ma compagnie, rejoint ses propres paliers.

Hubert Foucart prend le relais vers -50 mètres. C’est un adepte des plongées » baroques » comme il les appelle : profondes en spéléo ou en mer jusqu’à -211 mètres (quand même !), assistance de Pipin . Il me donne de l’eau mélangée à du Vogalène afin de prévenir les nausées. C’est ensuite Denis qui vient me voir lui aussi en recycleur et m’amène les bonnes petites purées et soupes de légumes de Sophie, dans des seringues géantes. Cette nourriture salée est une bonne alternative au lait concentré, crème de marron, compote, gel et eau déjà absorbés. Puis il m’amène un recycleur qui ne fonctionnera pas . La suite se fera donc en circuit ouvert, mais sans problème thermique particulier, malgré les forts pourcentages d’hélium.

A partir de -30 mètres je commence à ressentir de plus en plus les effets de la forte houle de surface. Ma douleur à l’oreille s’amplifie et bientôt chaque mouvement de la corde va devenir un calvaire. La décompression tourne au supplice. Vers -12 mètres le mal de mer commence en plus à se faire sentir. Le fait de supporter la douleur et la nausée commence à m’épuiser. La fin de la décompression se fait en compagnie de Christian, Pierre, Lolo, Théo, Francis et son épouse Sylvaine qui m’accompagne à -3 mètres et jusqu’à la surface que je crève après 8 heures 47 minutes de plongée.

Le retour à la surface, dont j’ai rêvé pendant toute la décompression, est brutal : je suis secoué dans une belle houle, ce qui n’arrange pas mon mal de mer. Déséquipé par les copains je me hisse péniblement sur le zodiac.

Là, je suis pris en charge puis rapidement évacué à terre par mes vieux potes Tono et Deit. Encore épuisé, je continue à respirer l’oxygène encore une demi heure à terre tout en me réhydratant abondamment (eau plate et eau plus Adiaril).

Je devrais être heureux. Mais je me sens juste un peu plus serein. Et un peu frustré par la descente vertigineuse mais trop courte, déjà un souvenir.

Le JEU a fonctionné aujourd’hui, mes analyses n’étaient pas trop mauvaises.

Et je réfléchis déjà à ce qui pourrait être amélioré…

 
 
Source: Scuba People
Crédit Photo: Audrey Cudel

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